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La langue et la culture berbère en questions
Le leader de Gnawa Diffusion revient dans les bacs avec un projet solo. Pour ses premiers pas sans son groupe, les textes et la voix prennent le dessus sur la musique. Plus que jamais, le fils de l'écrivain et journaliste Kateb Yacine s'interroge sur la langue et la culture berbère.
// Où en est la culture berbère aujourd'hui?
Je ne peux pas en parler dans sa globalité car cette culture est trop vaste, elle va de l'est à l'ouest de l'Afrique du Nord. Ce que je peux en dire, toutefois, c'est qu'il y a une espèce de réflexe contestataire vis-à-vis de l'Algérie, qui a étouffé le but même de cette révolte. Depuis le printemps berbère de 1980, les berbéristes sortent dans la rue pour réclamer la reconnaissance de la culture, de la langue.
Tous les 21 avril, on va manifester ! J'ai pourtant l'impression que, pendant ces 20 ans, on a oublié de travailler sur les manuels scolaires et de faire le travail linguistique qui aurait amené à la "re-berbèrisation", ou en tout cas donné accès aux populations non-berbérophones à cette langue. Il ne faut pas oublier qu'à l'origine, le but était de faire reconnaître la culture mais surtout de se comprendre d'Est en Ouest. Le mouvement existe mais on est très loin du but ! Moi, je suis pour la reconnaissance du tamazight (langue berbère), de la culture. Je souhaite qu'on me l'enseigne et qu'on l'enseigne à mes enfants.
Mais je ne crois pas au mouvement de Kabylie autonome ! Ce n'est pas en estropiant l'Algérie de ces régions berbérophones que nous allons avancer.
// Quels conseils donnerais-tu à un jeune artiste ?
Je me le demande parce que, moi-même, je suis un jeune artiste, héhé. C’est mon premier en solo. Alors quels conseils me donnerais-je? Tout ce que je peux préconiser, c’est d’avancer, de composer, d’être dans la création plutôt que de se soucier de sa commercialisation…L’époque est difficile. Pour tenir le coup, il faut créer. J’encourage vivement à faire le maximum de scènes. Avec Gnawa Diffusion, on a joué pendant des années dans la rue avec des groupes électrogènes. Après ça, quand les gens voyaient qu’on passait en concert, ils se rappelaient de nous et venaient nous applaudir, parce qu’ils n’avaient rien payé la première fois … La vraie promo passe par le bouche-à-oreille et la scène!
// Quelle association aimerais-tu faire découvrir à nos lecteurs ?
J'aimerais présenter l’association Al Kamandjâti, qui signifie le violoniste en arabe. Basée à Angers, cette association développe un projet original de création d’écoles de musique pour les enfants palestiniens. Là-bas, ils bâtissent des structures, font venir des artistes pour des master-class et des ateliers. Depuis 2002, ils ont déjà monté quatre écoles. Je trouve cette initiative très belle parce qu’elle fait sortir la Palestine de son contexte de guerre perpétuelle. Pour une fois, j’ai des nouvelles de ce pays en apprenant qu’un gamin de neuf ans est virtuose au luth ou qu’un violoniste est prometteur… Chaque année, ils donnent un grand concert au Chabada d’Angers.